Un record qui dépasse le simple fait divers économique
L’année 2025 a marqué un seuil inédit : 61 459 chefs d’entreprise ont perdu leur emploi, soit 168 par jour. Le chiffre provient de l’Observatoire de l’emploi des entrepreneurs, réalisé par l’association GSC et Altares. Il est en hausse de 1 % sur un an et confirme surtout l’installation d’un niveau historiquement élevé, après déjà trois années de forte progression.
En parallèle, la Banque de France a recensé 68 564 défaillances d’entreprises sur douze mois à fin décembre 2025, soit encore +3,5 % sur un an. Autrement dit, même si la hausse ralentit, la vague ne s’est pas retirée. Elle s’est simplement installée.
Les TPE restent en première ligne
Le cœur du problème, ce sont les petites structures. Plus de 8 dirigeants touchés sur 10 étaient à la tête d’une entreprise de moins de 5 salariés, soit 50 451 entrepreneurs. Ces structures encaissent plus difficilement les impayés, les creux d’activité et la hausse des charges fixes, faute de trésorerie et d’équipes suffisantes pour absorber les chocs.
La photographie sectorielle est tout aussi parlante. D’après la Banque de France, les plus gros volumes de défaillances en 2025 se concentrent dans la construction (14 383), le commerce et la réparation automobile (13 848) et l’hébergement, restauration (9 347). Le Crédit Agricole note d’ailleurs que 92 % des défaillances concernent des microentreprises, avec un poids très fort de la construction, du commerce et des services.
Pourquoi la situation reste aussi tendue après le Covid
Le record 2025 ne s’explique pas par une seule cause. Plusieurs couches de fragilité se superposent. D’abord, une partie du mouvement reste liée au rattrapage post-Covid après les années 2020-2021, quand les aides publiques avaient artificiellement contenu les faillites. Ensuite, la conjoncture a continué d’user les entreprises : demande insuffisante, tensions de trésorerie, accès plus difficile au financement court terme et attentisme sur l’investissement.
Le baromètre Bpifrance Le Lab / Rexecode de fin 2025 montre ainsi que 36 % des dirigeants signalaient une détérioration de leur trésorerie sur les trois derniers mois, 22 % rencontraient des difficultés pour financer cette trésorerie, et 66 % citaient la faiblesse de la demande comme principal frein à l’activité. Dans ce contexte, les marges se compriment vite, surtout dans les petites entreprises.
Même les entreprises installées ne sont plus protégées
Autre signal fort : l’ancienneté ne protège plus autant qu’avant. La tranche des 41-50 ans reste la plus touchée avec 16 271 suppressions d’emploi, et beaucoup de ces dirigeants étaient à la tête d’entreprises de plus de 10 ans. GSC souligne aussi une dégradation dans les entreprises de plus de 10 millions d’euros de chiffre d’affaires : les pertes d’emploi de dirigeants y ont progressé de 11,2 % en 2025.
Côté territoires, l’Île-de-France concentre à elle seule 14 319 dirigeants touchés, devant l’Auvergne-Rhône-Alpes. La Nouvelle-Aquitaine a enregistré l’une des plus fortes hausses, à +10,8 %.
Photo d’illustration – Source : Canva
Ce que les chefs d’entreprise doivent retenir pour 2026
Le paradoxe français, c’est que les créations d’entreprises restent elles aussi à un niveau record : l’Insee en a compté 1 165 800 en 2025, en hausse de 5 %. Cela montre que l’envie d’entreprendre reste forte, mais aussi que le renouvellement du tissu économique ne doit pas masquer la fragilité d’une partie des structures existantes.
Le message de 2025 est donc moins “n’entreprenez pas” que “pilotez plus tôt”. Pour beaucoup de dirigeants, la priorité n’est plus seulement la croissance, mais la visibilité de trésorerie, la surveillance des délais de paiement, la maîtrise du point mort, et le recours précoce aux dispositifs d’alerte, de médiation ou de prévention. Quand la demande ralentit et que les coussins financiers se réduisent, ce sont souvent quelques mois d’anticipation qui font la différence.


