“Je vais vous montrer un autre côté de la ville”
À Grigny 2, Banlieuz’art ne parle pas seulement d’art. Il parle aussi d’image, de regard, de territoire. De tout ce que l’on colle trop vite à une ville et à un quartier sans toujours chercher à voir ce qu’ils portent vraiment.
Quand il prend la parole, son intention est claire : montrer un autre visage de Grigny. Un visage qu’on voit rarement. Plus créatif, plus humain, plus profond aussi. Celui d’un quartier qui ne se résume pas à ce qu’on en dit le plus souvent.
Dans son discours, il y a cette volonté de casser quelque chose : les raccourcis, les réflexes, les clichés qui enferment.
Un artiste qui s’est construit commande après commande
Banlieuz’art explique qu’à la base, il ne se considérait pas comme quelqu’un qui savait peindre. En revanche, il savait dessiner. Alors il a commencé à construire son univers à sa manière, en mélangeant les deux, en peignant puis en redessinant par-dessus.
Ses premiers progrès, il les doit aussi au travail et à la répétition. Au départ, il recevait des commandes : des gens lui envoyaient des photos, et lui les refaisait à sa manière. C’est comme ça qu’il a pris la main, qu’il s’est amélioré, qu’il a affiné son geste et son regard.
Puis, quand il a vu que ses contenus commençaient à trouver un écho sur internet, une autre question s’est imposée : celle de son identité.
“Fragment”, une collection qui parle aussi de sa vie
Aujourd’hui, Banlieuz’art veut aller plus loin dans son travail. Il évoque notamment une collection qu’il souhaite appeler “Fragment”.
Ce nom, il le choisit en lien avec son univers visuel, fait de petits pixels, de morceaux, d’éléments qui s’assemblent pour faire apparaître une image. Mais derrière cette idée graphique, il y a aussi quelque chose de plus intime : une manière de raconter sa propre vie, elle aussi faite de fragments qui finissent par former un tout.
Chez lui, l’art n’est pas seulement esthétique. Il raconte aussi une reconstruction, un parcours, une façon de donner du sens à ce qui semblait dispersé.
À Grigny 2, Banlieuz’art casse les clichés par l’art – photo Info2.0 -DR
Une cagoule pour effacer le visage et remettre le quartier au centre
L’un des éléments les plus marquants dans son identité, c’est cette cagoule qu’il porte presque en permanence. Mais ce choix n’a rien d’anodin.
Banlieuz’art explique qu’il ne veut pas que l’attention se fixe d’abord sur son visage ou sur sa personne. Ce qu’il veut montrer, ce n’est pas “qui est derrière la caméra”, mais ce qu’il représente, d’où il vient, et ce que son travail raconte de Grigny 2.
Sa cagoule devient alors une signature, mais aussi un message : ne pas faire de l’ego le centre du récit. Ce qu’il veut, c’est que chaque jeune de cité qui tombe sur ses vidéos puisse se reconnaître, pas qu’il se dise seulement : “c’est lui qui fait ça.”
“À Grigny, il n’y a pas que des mauvaises choses”
Dans ses mots, il y a un refus clair des images toutes faites. Banlieuz’art veut rappeler qu’à Grigny, et plus particulièrement à Grigny 2, il n’y a pas que la drogue, la police, le vol ou les clichés qu’on associe sans cesse aux quartiers populaires.
Il veut montrer qu’il y a aussi des talents, des projets, des jeunes qui se battent pour avancer, pour créer, pour faire quelque chose de leur vie. Des jeunes à qui l’on met pourtant souvent des bâtons dans les roues en continuant de ne montrer qu’une image dégradée de leur ville.
Son propos n’est pas de nier les difficultés. Il est de dire qu’elles ne peuvent pas être le seul récit.
Faire exister une autre représentation de Grigny 2
À travers son travail, Banlieuz’art cherche à ouvrir un autre regard. Montrer qu’un jeune de cité peut aussi être vu à travers son art, sa sensibilité, son projet et sa persévérance.
Il veut faire exister tout ce qu’on montre moins : les talents discrets, les envies de créer, les ambitions qui naissent dans des lieux trop souvent racontés uniquement à travers leurs blessures.
Dans son témoignage, une chose ressort avec force : venir de Grigny 2 ne devrait jamais empêcher d’être vu dans toute sa complexité.
Et parfois, il suffit d’une œuvre, d’une voix et d’une vision pour commencer à fissurer les clichés.


