De Toulouse à Paris, une marche de 700 kilomètres pour mettre la santé mentale en lumière
Sac sur le dos, baskets bien serrées et quelques affaires de bivouac : Randy Bigman a quitté le Capitole de Toulouse le 19 avril 2026 avec un objectif aussi physique qu’intime, rejoindre Paris à pied.
Au total, près de 700 kilomètres l’attendent, avec une arrivée espérée d’ici la fin du mois de mai. Mais derrière ce défi, il y a surtout une volonté profonde : parler de dépression, de santé mentale, et transformer la marche en chemin de reconstruction.
Quand il s’adresse à Info2.0, Randy ne parle pas d’exploit. Il parle d’un combat. Celui qu’il mène depuis des années contre un mal invisible, souvent minimisé de l’extérieur, mais écrasant de l’intérieur.
“Ça fait 15 ans que je subis la dépression”
Randy a 32 ans. Et cela fait, dit-il, quinze ans qu’il vit avec la dépression.
Pendant longtemps, il a dû avancer avec ces émotions en montagnes russes, avec cette souffrance difficile à expliquer, difficile aussi à faire comprendre. Alors aujourd’hui, sa marche prend une autre dimension : elle devient une manière de mettre des mots, du mouvement et de la visibilité sur ce qu’il traverse depuis tant d’années.
Il explique que cette traversée de la France est aussi une manière de ne plus fuir de la même façon. Marcher, pour lui, ce n’est pas disparaître : c’est tenter de tenir, autrement.
Une perte de 41 kilos… mais toujours “le noir complet” à l’intérieur
L’un des passages les plus forts de son témoignage, c’est quand il raconte le moment où il a compris que son mal-être ne relevait pas d’un simple coup de mou.
Randy explique avoir perdu 41 kilos. Physiquement, il commençait à se sentir mieux. Il retrouvait son corps, il reprenait prise sur son apparence, il avançait. Mais à l’intérieur, rien ne suivait vraiment.
Malgré cette transformation visible, il dit avoir continué à ressentir un vide immense. Comme si son corps s’était allégé, mais que son esprit, lui, restait écrasé sous le même poids.
C’est là, raconte-t-il, qu’il a compris une chose essentielle : on peut changer à l’extérieur, sans être sauvé à l’intérieur.
Randy traverse la France à pied pour parler de la dépression – photo transmise par Randy Bigman – DR
“La santé mentale, c’est ce mur invisible qui reste debout”
Dans ses mots, Randy décrit avec beaucoup de justesse ce que vivent de nombreuses personnes confrontées à la souffrance psychique : cette impression d’avoir franchi certains obstacles, sans parvenir à abattre le principal.
Il résume cela par une formule forte : la santé mentale serait ce “mur invisible” qui reste debout même quand les autres sont tombés.
Courir, perdre du poids, changer d’apparence, améliorer son quotidien : tout cela peut compter. Mais il rappelle que rien ne remplace le travail intérieur, celui qui oblige à regarder en face ce qui se passe dans la tête, dans le cœur, dans le silence.
Déjà 200 kilomètres parcourus, et 500 encore devant lui
Au moment où il témoigne pour Info2.0, Randy a déjà plus de 200 kilomètres dans les jambes. Il se trouve alors en Dordogne, après avoir quitté Toulouse deux semaines plus tôt.
Devant lui, il reste encore environ 500 kilomètres jusqu’à Paris. Les pieds souffrent, la fatigue s’accumule, mais il dit n’avoir jamais été aussi lucide.
Sa marche n’est pas une quête de perfection. Ce n’est pas non plus une manière de prétendre aller bien. C’est, au contraire, une façon d’avancer vers quelque chose de plus simple, plus essentiel : la paix intérieure.
Marcher pour parler, marcher pour survivre, marcher pour aider
Ce que raconte Randy dépasse son seul parcours. À travers cette marche, il veut aussi tendre la main à d’autres. À celles et ceux qui vivent avec la dépression, qui n’osent pas en parler, ou qui ont l’impression de mener un combat invisible.
Son aventure rappelle que la santé mentale ne se voit pas toujours. Que l’on peut sembler avancer, sourire, changer, progresser, tout en restant traversé par quelque chose de beaucoup plus profond.
En mettant cette réalité en lumière, un pas après l’autre, Randy transforme son chemin en message. Un message de lutte, de lucidité, mais aussi d’espoir.
Et peut-être que parfois, avancer ne veut pas dire aller mieux tout de suite.
Cela veut simplement dire : continuer.


