Une grossesse bouleversée par l’annonce de malformations cardiaques
Cerina a 30 ans. Aujourd’hui, elle est la maman d’un petit garçon de 3 ans qu’elle décrit comme sa plus grande source d’inspiration. Mais avant cela, il y a eu l’annonce, brutale, du diagnostic.
Pendant sa grossesse, elle apprend que son bébé souffre de malformations cardiaques, avec ce que les médecins lui présentent comme des CIV, c’est-à-dire des trous dans le cœur. Très vite, tout bascule. Les rendez-vous médicaux s’enchaînent, la surveillance devient constante, et l’angoisse prend une place immense.
Ce suivi, très lourd, s’accompagne aussi de paroles particulièrement difficiles à entendre. Cerina raconte que certains spécialistes, inquiets pour la santé du bébé, l’ont même incitée à envisager une interruption de grossesse.
“Ma grossesse a été un long parcours du combattant”
Pour Cerina, cette période a été celle d’un combat permanent. Chaque semaine, elle doit gérer les consultations, les examens, les avis médicaux parfois contradictoires, et cette peur qui ne la quitte plus.
Après l’accouchement, la situation de son fils se dégrade très vite. Le nourrisson ne parvient plus à se nourrir correctement, ne prend pas de poids, et son état inquiète. Elle doit même arrêter l’allaitement, car cela lui demande trop d’efforts.
Mais malgré l’urgence, l’opération ne peut pas être réalisée immédiatement. Les médecins souhaitent d’abord qu’il prenne un peu de poids pour pouvoir supporter l’intervention.
Un bébé hospitalisé pendant des mois, puis une opération de huit heures
Le petit garçon restera hospitalisé jusqu’à ses quatre mois et demi, presque cinq mois. Ce n’est qu’à ce moment-là qu’il peut enfin être opéré.
Cerina se souvient d’une intervention longue et éprouvante : huit heures d’opération pour un bébé encore si petit. Huit heures d’attente, d’angoisse, de peur, avec l’espoir que tout se passe bien.
L’opération, heureusement, se déroule correctement.
Mais contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, le plus dur n’est pas forcément derrière elle.
Cerina raconte le combat de son fils et sa dépression post-partum (Photo fournie par Cerina– DR)
Après l’hôpital, un autre combat commence dans le silence
Pendant l’hospitalisation, malgré la difficulté, Cerina explique qu’elle était en quelque sorte portée par l’environnement médical. Son fils était pris en charge, entouré, surveillé, soigné. Elle-même bénéficiait d’une forme de cadre, d’aide, de présence.
Le vrai basculement arrive après le retour à la maison.
Une fois seule avec son enfant, sans mode d’emploi, sans filet, Cerina commence à sombrer peu à peu dans une dépression post-partum. Une maladie encore trop peu reconnue, dont elle rappelle les symptômes : une grande tristesse, de l’anxiété, une fatigue profonde, des troubles du sommeil, mais aussi une difficulté à trouver sa place de mère et à comprendre ce qui se passe intérieurement.
“Tous les yeux sont rivés sur le bébé, très peu sur la mère”
Dans son témoignage, Cerina met des mots sur une réalité que beaucoup de femmes vivent dans l’ombre : après la naissance, toute l’attention se concentre sur l’enfant, alors que la mère, elle aussi, peut être en grande souffrance.
Elle raconte avoir traversé cette période dans une profonde solitude. Personne n’avait réellement identifié ce qu’elle ressentait. Personne n’avait mis un nom sur son mal-être. Et très peu de professionnels lui demandaient vraiment comment elle allait, à elle.
À travers son histoire, elle rappelle que le post-partum peut être une période de fragilité extrême, surtout après une grossesse médicalisée et un parcours hospitalier aussi lourd.
Une reconstruction progressive, portée par l’aide psychologique
Avec le temps, Cerina commence pourtant à reprendre pied. Elle décide de se faire aider, consulte une psychologue qui l’accompagne dans cette reconstruction, et met en place plusieurs choses pour aller mieux.
Peu à peu, elle retrouve de l’air. Son fils grandit lui aussi. Et avec cette évolution, une autre étape commence : celle où la douleur ne disparaît pas complètement, mais cesse peu à peu d’engloutir tout le reste.
Son témoignage met en lumière deux combats à la fois : celui d’une mère confrontée à la maladie grave de son enfant, et celui, plus invisible encore, d’une femme qui a dû affronter seule une dépression post-partum après des mois d’épreuve.


